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La France pour la vie, un livre qui parle vrai

Monsieur le Président,

Comme un grand nombre de Français j’ai lu votre livre avec beaucoup d’attention. Si vous l’avez écrit c’est pour vous expliquer directement avec nous, mais aussi pour en recevoir directement les échos.

Tout d’abord vos erreurs : qui n’en fait pas ? Ceux qui ne font rien ne se trompent jamais, c’est sûr, mais il est rare qu’un homme politique reconnaisse ses erreurs et les analyse comme vous le faites. Si vous le permettez je vais vous donner mon humble sentiment qui bien évidemment n’engage que moi, je n’ai aucune prétention, je ne suis pas du tout faite pour le monde politique, pas même pour être simple adhérente à un parti.

Ces erreurs sont dues à mon humble avis à deux choses :

  • La bienpensance qui sévit depuis plus de cinquante ans dans notre pays. Il est de bon ton pour les intellectuels, le show biz de se dire de gauche, cela leur donne bonne conscience, cela ne leur coûte rien. Leur engagement est surtout basé sur les efforts que les autres doivent faire pendant qu’eux, vivent dans une opulence indécente. Je suis toujours sidérée de voir les tarifs exorbitants d’un spectacle de ces gens si « proches » du peuple. Combien de petites gens se privent pour s’offrir la joie de rencontrer leur vedette préférée pendant au grand maximum deux heures de temps? Je veux bien que l’organisation d’un spectacle soit onéreuse mais quand on voit le train de vie de ces gens si « proches » du peuple, on s’interroge tout de même. Si l’on n’y regarde de près, lequel est le plus méritant, l’ouvrier qui travaille en usine, qui produit pour les autres, où celui qui chante, court après un ballon pendant heure trente et qui vend du rêve ?? l’écart de salaire entre celui qui produit et celui qui fait rêver est tellement énorme que cela en est je le répète, indécent, mais de cela il ne faut surtout point parler. Et ces mêmes personnes auront encore l’audace de venir parler solidarité au peuple. Ces gens du spectacle pèsent par leur bienpensance gratuite pour eux, dans la vie de notre pays et les personnalités politiques en particulier. Le mot « star » m’a toujours fait bondir, pour moi les « stars » ce sont les hommes et les femmes qui se lèvent le matin pour pouvoir faire vivre leur famille et qui apportent leur contribution concrète au bon fonctionnement de la France, pas ces gens imbus d’eux-mêmes, souvent capricieux, qui ne sont là uniquement parce qu’ils ont un don qu’ils ont travaillé certes, mais qui ne rend pas meilleur que tout le monde. Je sais cette image de la « vedette » qui est le seigneur de l’époque de Louis XIV est véhiculée partout dans le monde, çà annihile les rébellions, pendant que les gens rêvent ou s’identifient à tel ou tel ils ne réfléchissent pas, c’est aussi le rôle que joue la télévision. Le monde de la bienpensance a réussi à vous faire reculer sur la sécurité notamment, écoutez le peuple, il est plus judicieux que ces gens qui vivent très loin de l'insécurité supportée par un grand nombre de banlieusards.

Cette réflexion m’amène à une autre : votre légitimité au sein du monde politique et votre complexe à demi avoué face aux énarques de votre parti. Je ferais une comparaison avec un monde que je connais bien, l’enseignement. Il ne suffit pas d’être agrégé ou certifié pour faire un excellent professeur, il en va de même pour la politique. Il ne suffit pas d’avoir fait l’ENA pour être un excellent politique. Le pouvoir en place nous en fait malheureusement la démonstration tous les jours. Vous dites que vous êtes revenu en politique parce que votre famille politique se déchirait, c'est un euphémisme. Qui étaient à la tête de votre famille politique à ce moment ? À savoir tous ces gens qui vous complexent encore aujourd’hui. Qu’ont-ils fait de concret pour le parti et pour le bien de la France pendant vos deux ans d’absence ? Rien. François Hollande, leur a pourtant offert un boulevard pour s’opposer et s’affirmer en tant que leaders du parti, pas un seul y compris Alain Juppé, n’a su tirer « les marrons du feu » pour s’imposer, ce n’est tout de même pas de votre fait. Certains sortent pourtant de l’ENA, çà ne leur a pas servi à grand-chose sinon aujourd’hui de continuer de vous toiser de leur superbe absolument déplacée, et chose plus grave encore et impardonnable à mes yeux de sympathisante : contester ouvertement le choix des adhérents ; ce mépris affiché pour la base du parti est intolérable et stupide pour qui prétend vouloir gouverner le pays. Vous dites à la fin de votre livre qu’il faut « sentir la France » pour gouverner et mener à bien des réformes, j’ajouterais comme un enseignant doit « sentir sa classe » s’il veut réussir à faire passer son programme. Visiblement les énarques de tous bords ont perdu ou n’ont jamais eu la sensation de la France, comme certains enseignants même agrégés ne sentent jamais leurs classes!!! Votre force est de « sentir la France », ce qui vous amène à tenir un discours bien éloigné des discours politiques conventionnels issus de l’ENA que vous n’avez pas suivi. Votre sincérité est aussi une force de conviction, n’en changez pas pour faire plaisir à ces gens qui se prétendent plus légitimes en politique que vous car issus de l’ENA, usine sensée fabriquer les hommes chargés de gouverner le pays. J’ai le sentiment que la politique c’est comme l’enseignement, on a la fibre où on ne l’a pas, ce n’est pas le concours qui nous la donne, on sent ou on ne sent pas. Aujourd’hui peu d’hommes politiques « sentent la France » et malheureusement aucun énarque du parti que vous dirigez n’a cette finesse de" sentir" la France, c’est regrettable mais ainsi. C’est pour cette raison qu’ils sont si rejetés par la base, ce qui semble vous contrarier. De plus, leur contestation du choix fait par la base, et leur mépris ouvertement affiché preuve qu’ils ne sentent absolument rien, n’arrange pas. Ils ne semblent pas vouloir le comprendre, à qui la faute ? Vous n’avez pas à vous excuser auprès d’eux ni à être gêné parce que vous percutez les choses plus vite qu’eux. Vous doutez, vous vous remettez en question, c’est une chose bien utile que l’on occulte totalement à l’ENA où l’on pense que l’on a forcément raison. Aujourd’hui cette morgue agace donc dessert. Cela me rappelle un remplaçant beaucoup plus diplômé que moi qui s’est offusqué lorsque je lui ai proposé de lui montrer mes cours, je lui faisais injure, sauf qu’il n’a « jamais senti » ma classe et que mes élèves lui ont fait payer très cher sa superbe : il n’a pas pu terminer mon remplacement. Ceux, qui comme vous dans le parti « sentent la France », ne sont pas énarques, cela vous semble incroyable et gênant, il va cependant vous falloir vous départir de ce complexe et faire avec ceux qui « sentent » si vous voulez réussir votre vaste programme. Il vous faudra vous aussi vous extraire de votre volonté de plaire absolument à qui ne vous supporte pas.

  • La deuxième erreur est me semble-t-il, la manière dont vous vous êtes entouré. Vous vous expliquez dans votre livre. Vous semblez persister et signer. Vous écrivez, je vous cite de mémoire : « Il ne faut pas gouverner avec ses amis mais avec un panel élargi» vous dites aussi que Patrick Devedjian vous avait rappelé qu’il y avait des « Sarkozystes » autour de vous. Vous avez été élu sur un programme précis et vous êtes allé chercher pour l’appliquer des gens qui s’en éloignaient ou qui n’étaient pas convaincus, ils n’ont pu que vous freiner dans son application. En cela vous avez déçu et avez fait le lit de Marine Le Pen, le William de DPDA en est un bel exemple. Sur ce point votre argumentation ne me convainc donc pas du tout et m’inquiète même, car même cause même effet si un jour vous renouvelez l’opération. Que vous écoutiez ceux qui ne pensent pas comme vous, cela me paraît un signe d’intelligence souhaitable mais que vous en arriviez à renoncer ou à vous éloigner de ce pour quoi vous avez été élu, non. Vous n’avez pas été assez loin dans certaines de vos réformes parce que ces gens frileux ou opposés vous ont freiné et vous freineront encore sans nul doute si vous récidivez dans vos choix. Dans un canoë si l’on veut la victoire, mieux vaut que toute l’équipe rame en synchro et vise l’objectif de la réussite pas uniquement pour viser sa petite satisfaction personnelle d’être sélectionné pour faire ensuite semblant de ramer et reporter la défaite sur les autres.

Vous parlez des jeunes talents et dans votre souci de ne pas offusquer vous y avez mêlé les encombrants impétueux. Ce n’est pas leur rendre service, ce n’est pas non plus rendre service au parti, pas rendre service à la France. Vous parlez aussi de la carrière politique, pour cela ceux qui ne sont qu’à l’écoute de leur égo et de leur « carrière » qu’ils considèrent comme un dû n’ont plus aucune chance, raison pour laquelle je parle d’encombrants impétueux, ils nuisent plus qu’ils ne servent. Bruno Lemaire, Xavier Bertrand, Nathalie Kosciusko-Morizet, Gérald Darmanin que vous présentez comme prometteurs ont le gros défaut de ne « sentir » que leur égo et leur ambition démesurés, en aucun cas la France et les Français. Laurent Wauqiez,lui, a plus de finesse.Le panier de crabes et de charognards qu’est devenu le monde politique a vécu, ceux qui ne le comprennent pas sont voués à l’échec. En cela, les « affaires » qui vous ont été attribuées par la gauche et qui se terminent comme l’on sait ainsi que les grandes performances de Monsieur Hollande ont mis au grand jour ce monde perfide et inconsistant de gens plus intéressés par eux-mêmes que par le devenir de la France. Là encore vous vous démarquez.

Votre projet est vaste et ambitieux, pour le réaliser vous ne pourrez pas faire avec un « panel élargi » mais uniquement avec des gens qui sont persuadés que ce programme est le bon. Je ne suis pas compétente pour juger de ce programme à l’internationale, il me semble pourtant que cela ne sera pas facile de convaincre certains pays de l’opportunité de tels changements. Çà risque de coincer.

Je ne vais m’attarder que sur deux points : l’enseignement et l’agriculture.

J’ai enseigné pendant 30 ans en LEP et en CFA. C’est le hasard de la mutation qui m’a conduite à enseigner à ces jeunes. Ce fut un réel bonheur car j’ai eu la chance d’avoir la fibre, de « sentir » mes classes. Si je n’avais jamais enseigné à cette population de manuels, probablement que j’aurais la même approche que beaucoup de prétendus spécialistes qui n’ont jamais approché un apprenti de près mais qui s’appuient sur l’idée qu’ils s’en font, à savoir les considérer en situation d’échec scolaire puisque incapables de suivre le cycle long. L’apprentissage est une chance pour ces jeunes plus manuels qu’intellectuels, pour qui rester plusieurs heures assis devant une table est une punition. Associer l’apprentissage concret d’un métier avec l’étude des fondamentaux devient plus supportable pour eux, ils en voient l’intérêt et bien souvent tous leurs blocages s’effacent. Restent les interdits par une législation faite par des gens qui ne connaissent rien au travail manuel. Vous parliez de ce boulanger qui avait été sanctionné par l’administration parce qu’il faisait commencer son fils une demi-heure trop tôt. Il en va ainsi pour beaucoup d’interdits aberrants comme l’interdiction d’utiliser certaines machines avant 18 ans. Comment apprendre un métier quand on n’a pas le droit d’utiliser le matériel ? C’est une ineptie d’intellectuel. Vouloir garder coûte que coûte dans le circuit général des jeunes qui ne sont pas faits pour cela est encore une ineptie d’intellectuels qui considèrent que seul l’intellect a droit de citer. Que ferait notre chère société si elle n’était composée que de ronds de cuir ? Mais ce n’est pas vous qu’il faut convaincre ce sont tous ces gens qui ignorent tout des métiers manuels ainsi que la bienpensance socialiste qui a une aversion affichée pour le monde du travail et le monde manuel en particulier. C’est cette bienpensance d’intellectuels de gauche qui ont établi cette caricature et ce mépris du monde manuel. C’est cela qu’il faut combattre, il y a fort à faire !!!


Cela m’amène à un point de votre programme qui m’a particulièrement interpellée puisque j’ai exercé le métier d’enseignante pendant plus de 30 ans. Les heures de présence des professeurs dans les collèges et les lycées semblent en chagriner plus d’un, et leur demande d’alignement sur les autres professions démontre que beaucoup ignorent en quoi consiste la profession. 18heures de présence devant les élèves semble être la seule chose que tout le monde considère, effectivement c’est la partie visible de l’iceberg. Mais ces 18 heures de présence, l’enseignant les prépare quand et où ? Les cours ne sont pas tout faits, il faut les préparer en fonction de sa classe, de ses élèves, ce qui marche avec certains ne marche pas avec d’autres d’une année sur l’autre, il nous faut s’adapter sinon c’est la cata (c’est « sentir » sa classe si vous voyez ce que je veux dire, un peu comme vous de percevoir comment faire passer une réforme douloureuse). L’enseignant le fait où et quand ? chez lui, quand il rentre sa journée scolaire n’est pas terminée, loin s’en faut. Que dirait-on si un enseignant n’évaluait jamais ses élèves, il faut donc corriger le travail fait, il le fait quand ? difficile de le faire pendant un cours, il le fait donc chez lui. Ce travail demande de la réflexion, de la recherche. Le seul enseignant qui s’en sort à minima est le professeur d’éducation physique sinon les autres passent un certain nombre d’heures à travailler chez eux. À cela il faut encore rajouter les réunions pédagogiques, les conseils de classe, recevoir les parents, tout cela en plus des 18heures de travail, en plus des préparations et des corrections à la maison, on dépasse largement les 35heures effectuées par l’ensemble des salariés. Il n’est pas question de me plaindre car j’ai été très heureuse dans l’exercice de mon métier, mes élèves en difficulté m’ont rendu au centuple ce que j’ai pu leur apporter. Votre idée de rallonger le temps de présence des enseignants dans l’établissement non pas pour diminuer leur temps de travail à la maison mais pour rajouter des heures d’enseignement d’aide aux jeunes en difficultés me gêne néanmoins. Ce n’est pas l’idée qui me dérange, je trouve que d’organiser au sein des établissements scolaires un temps pour aider ceux en difficulté est judicieuse et nécessaire, par contre accroître le temps de travail des enseignants parce que beaucoup pensent qu’ils ne travaillent pas assez me gêne. Ceux qui pensent cela quand ils rentrent chez eux, leur journée de travail est terminée ce n’est pas le cas pour l’enseignant. Beaucoup de parents n’arrivent pas à gérer leurs enfants, l’enseignant qui se retrouve confronté avec 25 jeunes adolescents pendant cinq ou six heures termine épuisé. La pénibilité nerveuse n’est pas reconnue pour cette profession mais elle fait partie de celles où l’on trouve pourtant plus de dépressions. Aider les jeunes en difficulté, oui, mais augmenter la charge des professeurs déjà bien lourde me paraît hasardeuse. À notre époque, Mr le Président, dans les lycées et les collèges, il y avait des surveillants qui ont aujourd’hui disparus mais qui font cruellement défaut car ils assuraient des heures d’études qui nous étaient utiles qui seraient encore aujourd’hui très utiles, ces surveillants pourraient aussi assurer cet aide à ses jeunes en difficultés.

Dernier point, qui m’a interpellé dans votre livre est l’agriculture. La remise à plat de son fonctionnement me paraît indispensable. Il y a cependant un point dont personne ne parle, ce sont les terres agricoles. En effet, les ¾ des agriculteurs ne possèdent pas les terres qu’ils cultivent mais les louent à des propriétaires non agriculteurs qui en ont héritées. Il faut savoir qu’aujourd’hui une terre agricole louée est à la sortie plus la propriété du locataire que du propriétaire et si ce dernier veut s’en débarrasser c’est entre 0,50€ et 2€ le m² suivant les régions autant dire un prix symbolique. Pensez-vous que cela soit juste ? Ceux qui ont hérité de ces terres, leurs ancêtres les ont payées au prix fort à l’époque parce que celles-ci représentaient un patrimoine et aujourd’hui il faut qu’ils les cèdent pour rien parce qu’ils ont le tort d’en avoir hérité et qu’ils ne les cultivent pas. Cette législation a été faite je le comprends bien pour favoriser une profession qui est le fleuron de notre pays mais ceci au détriment d’autres que l’on spolie purement et simplement. Les agriculteurs sont les seuls entrepreneurs à ma connaissance qui travaillent avec un outil qui non seulement ne leur appartient pas et qui a été plus ou moins confisqué à d’autres pour leur être agréable. Souvent la location des terres paie tout juste l’impôt que le propriétaire est tenu de payer. Ainsi il ne peut en disposer librement et en plus çà ne lui rapporte rien.Être propriétaire de terres est assez mal vu dans notre société d’aujourd’hui où l’on est très généreux avec le bien des autres sauf avec le sien, mais ce fait que tous les politiques ignorent superbement posera un jour de sérieux problèmes c’est inévitable. Pour moi, la première des choses serait de régler ce problème des terres agricoles qui n’appartiennent pas à l’agriculteur qui les cultive. Que l’on préempte les terres agricoles pour les redistribuer aux agriculteurs pourquoi pas, mais à condition que le prix donné au propriétaire soit correct, là, c’est ni plus ni moins qu’une spoliation. À revoir aussi les subventions, car parfois on frise le délire, les tracteurs hors norme simplement parce que pour toucher telle ou telle subvention il faut acheter ce genre de tracteur ou n’importe quel autre outils ou faire tels ou tels travaux me sidère.

Il n’y a pas au passage qu’en agriculture où l’on frise le délire dans l’immobilier aussi.

Voilà Mr le Président, votre livre m’a beaucoup intéressée, le programme est vaste et très ambitieux, pas certaine qu’à l’internationale vous soyez suivi sur tout mais vous pourrez toujours essayer. Par contre, pour mettre en œuvre ce programme à l’intérieur du pays il vous faudra vous entourer de gens qui y adhèrent pleinement et non du bout des lèvres, et là encore je ne suis pas certaine que vos vieux démons de vouloir plaire à vos ennemis, ne vous fassent pas renouveler l’erreur que vous avez faite en 2007, vous entourer de gens « tièdes » et fourbes, plus préoccupés de vous faire échouer que de servir au mieux la France. Gouverner rien qu’avec ses amis n’est peut-être pas bon mais gouverner avec ses ennemis est encore plus dangereux car on est assuré d’échouer et de ne pas satisfaire son électorat.

La Nabote.