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     Si aujourd'hui, les Résistants sont considérés comme des héros, il n'en va pas de même à l'époque. La population est partagée entre l'obéissance sans faille à Pétain qui jouit encore du souvenir glorieux de la 1ère guerre mondiale et le refus du joug allemand accepté, reconnu et imposé par Pétain à la France. Dans nos villages, les Résistants sont très mal vus par certains villageois, alors que d'autres leur apportent pleinement leur soutien, Marc en a fait les frais. Leurs actions, leurs sabotages pour neutraliser les rouages de l'Occupation dans le but de redonner la liberté à notre pays, ne sont pas du tout interprétés ainsi par la partie de la population encore fidèle à Pétain mais sont perçus comme des actes commis par des voyous qui se servent du prétexte de la guerre pour faire des exactions dans le pays.  C'est d'ailleurs comme cela que le gouvernement de Vichy présente les actions des Résistants.

 

    Ce qui nous a surpris au cours de notre enquête pour découvrir la vie de Marc  en tant que résistant et déporté sur laquelle il a toujours gardé le silence, c'est que cette image  " du Résistant voyou " véhiculée par Vichy, soit de nos jours, toujours  bien ancrée, dans certaines mémoires. Ce qui affole encore plus, c’est qu’aujourd’hui en période de crise, certains aspirent à voir refleurir cette politique d’Extrême droite. Tout  comme Hitler en son temps Marine Le Pen, tente de séduire et semble y parvenir assez bien un maximum d’électeurs et tient un discours que ceux-ci ont envie d’entendre. Simplement ces électeurs ont oublié que par le passé, l’Extrême droite au pouvoir y compris en France était capable des pires atrocités, que JM Le Pen a toujours soutenu le régime de Vichy, triste dans nos mémoires. L’histoire de Marc qui en a fait les frais comme tous les Résistants Français et autres qui ont été déportés comme lui, parce qu’ils défendaient LA LIBERTÉ DES HOMMES de penser et d’agir librement se veut être un rappel à tous ceux qui ont oublié cette période et qui souhaitent la prise du pouvoir par Marine LE PEN. Tous ces hommes ne doivent pas être morts pour que revive aujourd’hui un tel régime dans notre Beau Pays qu’est la France. 

Voici quel était le détail en question comme le considère JM Le Pen


marcMarc est né le 8 juin 1909 à Arbusigny et décédé le 27 décembre 1979 à Annemasse. Il est l'avant dernier fils d'Alexandre CHEVALIER dit Bidaure et de Joséphine DURET. Il est le petit fils d'Hélène DESBIOLLES, la mère de mon arrière- grand-mère Marie Bochet,  remariée à François DURET le 30 septembre 1873 à Arbusigny, cousin germain de ma grand-mère Yvonne.

            Dans la famille, dans le village, tout le monde connaît la déportation de Marc par dénonciation au camp de Buchenwald, pour avoir "logé des maquisards", selon l'accusation officielle.  Sa famille, ses amis lui attribuait simplement une sympathie pour la Résistance d'autant que lui, n'a jamais parlé de cette période, quelques bribes sur le camp de Buchenwald mais rien sur son action de Résistant et ce qu’il a subit réellement. C'est après la mort de son épouse Paula en 2008, que sa fille, Hélène, a trouvé dans une boîte soigneusement rangée à la cave, des papiers concernant son père Marc. Ces papiers indiquaient son appartenance aux FFI, ce que tout le monde a absolument ignoré, jusqu'à la découverte de cette boîte.

Avec sa fille, nous avons pu retrouver le dossier de Marc au bureau des Anciens Combattants et découvrir son rôle dans la Résistance. Celui-ci s'avère être beaucoup plus actif que nous l'avions toujours pensé.                       

                        Michel GERMAIN dans son livre "Mémorial de la Déportation" Editions La Fontaine de Siloé, cite Marc en tant que Résistant et résume son parcours à la page 264. 

            Le travail et les enquêtes minutieuses de Michel GERMAIN, recoupés avec le dossier de Résistant de Marc, nous ont permis de reconstituer sa vie en tant que Résistant FFI et de déporté, nous l'en remercions encore.


Un foyer de résistance active


     Occupées depuis novembre 1942, les Savoies, et plus spécialement la Haute-Savoie, sont devenues, durant l'année 1943, un des " foyers d'insécurité " les plus actifs de France. Dès le début de mars, le préfet de Haute-Savoie alerte Vichy : " Plusieurs centaines de réfractaires se sont déjà réfugiés dans les montagnes où ils s'organisent en vue d'une résistance active ; ils disposent d'armes et de munitions. La population n'hésite pas à approuver les requis refusant de répondre aux convocations, elle les encourage à se dissimuler en montagne et assure leur subsistance. " En avril, il attire l'attention sur " l'organisation militaire parfaite du mouvement ", qu'encadrent des officiers de l'armée de l'armistice.

Le 27ème Bataillon de Chasseurs Alpins basé à Annecy dans la Résistance :

Le 27 novembre 1942, alors que la flotte française se saborde à Toulon, parvient l’ordre de démobilisation totale. Dès le 28 au soir, tout le bataillon est démobilisé. Toute la journée, on a fait disparaître le maximum de matériel, habillement, literie, et surtout armement et munitions. Le matériel est caché dans les fermes des environs ; une grande partie de l’armement est dissimulé dans les grottes de l’Adieu, dans la vallée de Thorens.

Le dimanche 29 novembre, à 10 heures du matin, deux compagnies d’alpini italiens viennent prendre possession du quartier, rejoints le 30 par un petit détachement allemand venu assurer la liaison depuis Chambéry.

C’en est fini de « l’armée d’armistice ».


            En fait commence alors l’histoire du 27 dans la Résistance.


Le commandant Valette d’Osia, en tant que chef de la Subdivision d’Annecy, reçoit, vers la mi-décembre, l’ordre de livrer le matériel qu’il avait fait cacher. Il refuse. Un mandat d’arrêt ayant été sur-le-champ délivré contre lui, il passe dans la clandestinité et se met à la disposition de « l’armée secrète » de Haute-Savoie, déjà en cours de constitution, et dont il devient le chef départemental.

 L'Armée secrète, la fameuse A.S., se constituait avec l'aide de toute une population. Formée d'éléments du 27e B.C.A., ravitaillée en armes et en vivres par des avions anglo-américains, l'A.S. cherchait des effectifs ; elle les a trouvés dans des groupes qui avaient pris le nom de " Francs-Tireurs et Partisans "...   dont faisait partie Marc.

À partir d’avril 1942, les FTP s’ouvrent aux non-communistes, mais restent toujours sous le contrôle des communistes. D’un côté, les règles de la clandestinité conduisent à cloisonner les structures du parti et celles des FTP. Il y a donc une réelle tendance à l’autonomisation, mais celle-ci s’exprime surtout au niveau local.


            Dans un premier temps, Marc CHEVALIER a  adhéré  le 1er janvier 1943 à Arbusigny aux  FTPF. Il est affecté à la 7ème Compagnie FTPF de Pers Jussy, où il va être formé sous les ordres du lieutenant DESBIOLLES, ceci est confirmé par une attestation de Francis Bonfils, ex commandant "André" qui était chef départemental des FTPF de la Haute Savoie. Cette attestation nous dit que Marc était chef de Sixtaine. Les volontaires, groupés en sixtaines, forment dans chaque village une trentaine. Trois trentaines constituent une centaine ou une compagnie. La formule primitive des 4 bataillons mobilisés autour du 27 se transforme en une nouvelle formule à base territoriale, levant un bataillon par vallée.


D'après ce que nous avons pu apprendre, Marc partait souvent en mission en direction de la Suisse, était-il un passeur? Faisait-il passer en Suisse les maquisards ou réfugiés qu'il recevait chez lui? Allait-il chercher du ravitaillement qu’il faisait ensuite passer à Thorens ?Tout ce que l'on sait de manière certaine c'est qu'il a  aussi participé à plusieurs opérations de sabotage  dans la région sous les ordres du capitaine GAILLARD, qui était son chef de secteur à Thorens car cela est mentionné dans son dossier de déporté.


L'arrestation de Marc


Marc est arrêté, sur dénonciation, le samedi 27 février 1944 au petit matin dans sa maison par les forces françaises du Maintien de l'ordre. Elle survient après un certain nombre de sabotages par les Résistants, notamment sur la commune d’Évires, commune limitrophe.  Il est conduit à la prison de Thonon où il est rejoint le lendemain par Achille CARRIER d'Evires, lui aussi arrêté par la Milice sur la commune d'Arbusigny (Michel GERMAIN p 262. Mémorial de la Déportation), venait-il voir Marc ? . Quel est le lien entre ces deux arrestations ? Nous ne le savons pas. Ils retrouveront à Thonon d'autres prisonniers FTPF dont Albert ROY.

            Tous ces prisonniers retenus à Thonon  sont transférés le 5 mars 1944 à l'Intendance d'Annecy.


L'Intendance d'Annecy


L'Intendance,  est un bâtiment militaire (S.PA.C.)qui voit passer plusieurs centaines de détenus avant expédition vers Saint-Sulpice la Pointe ou la prison Saint-Paul à Lyon.


            A l'Intendance sont installés les policiers de la S.P.A.C et les pièces sont transformées en cellules, où s'entassent des détenus arrêtés dans tout le département par les forces françaises du Maintien de l'ordre.

            Tous ceux qui sont passés par là ne se souviennent que de l'extrême violence des interrogatoires et de du sadisme des policiers français. Les commissaires et autres inspecteurs de police et certains miliciens sont de parfaits tortionnaires. Ils font subir à plus de deux cent cinquante personnes de supplices sans nom. La torture est le seul mode interrogatoire. Les coups de pieds ou de poings sont un avant-goût. Les tortionnaires utilisent volontiers, comme instrument de torture, la presse. La tête des suppliciés est placée entre les deux plaques de la presse à imprimer. Le bourreau serre  lentement jusqu'à éclatement de la tête. D'autres tortures sont couramment pratiquées, comme le matraquage à coup de nerf de bœuf que les détenus ont baptisé "Marie Louise" ou à coup de barre de fer, les brûlures sur les parties sensibles, le supplice de la table, ou le sel sur les plaies, l'arrachage des ongles et bien d'autres raffinements, tous plus barbares les uns que les autres.


Témoignages de deux détenus qui se sont retrouvés à L'Intendance en même temps que Marc et Achille CARRIER. Ils ont forcément subi les horreurs   racontées par ces deux hommes dans le livre de Michel Germain.

- Ben Chappet est interné à L'Intendance le 16 mars 1944 en compagnie de plusieurs personnes raflées le 13 mars à Annecy. Les " inspecteurs, nous emmènent au 2ème étage, témoigne-t-il,nous avons été séparés et nous ne nous sommes plus jamais revus. Moi, j'étais  à la chambre 10 au fond du couloir à gauche, où il y avait déjà une douzaine  de détenus dont beaucoup de Thorens. Tous avaient une barbe et des cheveux d'un mois et plus. Joseph Baud  baisse son pantalon et me fait voir ses fesses; elles étaient noires de coup de nerfs de boeuf. Tous étaient passés à la torture et cela n'était pas fait pour me remonter le moral.... La nourriturei était infecte: tous les jours betteraves rouges ou raves cuites à l'eau sans sel et 200 grammes de pain. Il était interdit de recevoir du linge pour se changer ainsi que de la nourriture. Il était interdit d'écrire. Nous étions dévorés  par les poux. Nous couchions sur une planche avec un doigt de paille toute pourrie. Les volets étaient constamment fermés; une atmosphère viciée. C'était la terreur complète. A tout moment, la S.P.AC. montait chercher des hommes pour les torturer jusqu'à des heures avancées de la nuit.

                   L'après- midi de mon arrivée une brute est venue me chercher"

Il est questionné mais il nie tout. " Ils m'ont alors entraîné dans la pièce voisine en me disant "à la torture" les coups commencèrent, grêle de gifles, d=coups de poings, coups de pieds dans l'estomac. Ensuite, ils m'ont couché sur une table, un était assis sur mes épaules pendant que les deux autres me tapaient dessus à tour de bras sur le bas des reins avec un nerf de boeuf. Cela a duré une dizaine de minutes. Je niais toujours, j'entendis un qui parlait de la déposition de....... Ils s'arrêtèrent de taper. J'étais coupé en deux par la souffrance. Ils me firent remonter..... Je me suis traîné comme j'ai pu. Dans la montée d'escalier , il y avait un cylindre de fils de fer et il fallait monter très courbé. je suis monté à genoux en me tenant à la rampe. De temps en temps , je recevais chambre mes camarades m'ont étendu  par terre. Le soir à 9 heures ils sont revenus me chercher à coup de pieds pour me faire aller plus vite. Un fois en bas , ils étaient tous là avec des airs ironiques " Qu'est-ce qu'il a celui-là? Il est tombé de vélo?" . me voyant mal en point, ils m'ont aidé à remonter"

 

témoignage d'Albert Roy détenu à Thonon et interné à l'Intendance le 5 mars 1944 en même temps que Marc et Achille CARRIER , témoigne de l'horreur de l'Intendance

- "La vie dans cette prison de la Milice était infernale. A partir de 9 heures, l’inquiétude nous tenaillait ; à chaque instant les inspecteurs venaient chercher quelqu’un pour les interrogatoires. Comme notre cellule était la première en arrivant et que les inspecteurs ne savaient jamais où se trouvait le détenu à interroger, ils y entraient automatiquement et se présentaient toujours avec un ou deux revolvers dans les mains ou avec un nerf de bœuf et une barre de fer ; malheur à celui qui, fatigué, se trouvait allongé sur la paille, il était roué de coups jusqu’à ce qu’il puisse se relever. Et cela continuait sans interruption jusqu’à minuit ou une heure du matin. Le plus terrible se passait après 21 heures  lorsqu’ils étaient tous ivres.

            Tous les inspecteurs qui ont œuvré dans cette prison se sont conduits comme des sauvages. Je ne me souviens plus de leurs noms sauf de celui qui était le plus cruel, le commissaire Durand. Le système le plus souvent employé consistait à coucher le détenu à plat ventre sur une table, le pantalon enlevé, les mains attachées aux pieds de la table, un morceau d’étoffe dans la bouche, l’inspecteur assis sur les jambes du détenu ; deux miliciens, de chaque côté de la table, frappaient, avec un nerf de bœuf ou une barre de fer sur les fesses ou les cuisses jusqu’à ce qu’ils obtiennent des aveux ou jusqu’à l’épuisement et l’évanouissement de la victime.

            Les camarades qui les ont subis ne pouvaient plus marcher à leur retour. Depuis leurs genoux jusqu’aux reins la peau était noire et tuméfiée, ou bien la peau n’avait pas résisté et le sang coulait. Aucun soin ne leur était donné. Nous les soignions comme nous pouvions afin d’enlever des parties de vêtement adhérant aux blessures. Notre camarade Fernand Crozet, garde-champêtre à Forens, était dans un piteux état à son retour de la chambre de torture, il avait les fesses en sang et de grosses plaies produites par des brûlures de cigarette.

Moins d’une heure après, ils sont venus le rechercher. Malgré ses blessures, ils l’ont relevé à coups de pied et de nerf de bœuf. Au cours de la nuit, nous avons dû le veiller, il n’urinait que du sang et nous devions le soutenir pour l’emmener au WC . Plus de deux mois après, il était encore soigné à l’infirmerie de la prison Ce camarade n’est pas revenu de sa déportation en Allemagne. Pour leur obstination à ne rien avouer, plusieurs camarades sont restés quinze à vingt jours les menottes aux poignets jour et nuit, les mains liées derrière le dos, nous devions les alimenter nous-mêmes.

Ses témoignages sont primordiaux. La culpabilité des policiers de la S.P.AC. qui sévissent à l'intendance d'Annecy en cet hiver 1944 n'est plus à démontrer.


Saint Sulpice la Pointe :


Michel GERMAIN, Mémorial de la déportation p 51-55

  Le 1er avril 1944, Marc, Achille CARRIER et son fils Georges arrêté deux jours avant son père et un certain nombre de détenus de l'Intendance partent pour le camp d'internement de St Sulpice la Pointe dans le Tarn.


   Dans le département du Tarn, à 30 kilomètres  au nord-est de Toulouse. C'est un important carrefour à tous points de vue; carrefour routier: la nationale 88 (Albi-Toulouse)croise la départementale Castres-Montauban; la voie ferrée fait de même. De plus, Saint-Sulpice se situe aux confins des départements du Tarn et de la Haute Garonne. Cette situation et ces accès relativement faciles au cœur d'un pays peu boisé et peu tourmenté expliquent que le gouvernement de Vichy choisisse ce lieu pour y construire un camp d'internés politiques.

            Le 16 octobre 1940, le Ministre de l'intérieur crée officiellement  "un camp d'indésirables à saint Sulpice la Pointe" et prend en charge l'administration du camp. En décembre commencent les travaux de clôture.

            les 253 premiers détenus emménagent le 28 janvier 1941. Ils viennent de toute la France et essentiellement communistes, syndicalistes et autres indésirables.

Le 31 janvier 1944, la Haute -Savoie est mise en état de siège et le colonel Lelong, Intendant de police avait carte blanche pour réduire ce "nid de terrorisme" va signer arrêté d'internement sur arrêté d'internement pour Saint Sulpice La Pointe.

       saint sulpice     La plupart des pensionnaires Hauts- Savoyards de Saint-Sulpice sont arrêtés entre le 1er février et le 5 avril 1944, c'est à dire pendant l'état de siège. Ils sont ainsi plus de 70 à être passés par le Tarn dont Marc, Achille CARRIER et son fils Georges.

            Il y a ceux arrêtés dans les rafles de Thônes, de Thorens, de Faverges et de Féternes en février et il y a ceux  arrêtés lors de la grande rafle annécienne du 13 mars 1944.

            Les Hauts-Savoyards sont donc arrivés les uns après les autres  au camp de Saint-Sulpice pendant plus de trois mois, mais après la fin de l'état de siège, la source se tarit.

La vie au camp

 

            La vie au camp de Saint Sulpice La Pointe est celle  d'un camp d'internement quelconque. Diane Fabre a étudié ce camp  pour le compte des archives du Tarn. La vie selon les prisonniers hauts savoyards y est plus rude que celle racontée dans l'étude qui a été faite.   Par conséquent nous retiendrons  de cette vie au camp uniquement ce qui fait l'unanimité.

 

Selon Diane FABRE

            "A son arrivé au camp, le prisonnier est fouillé. Il conserve ses vêtements. Il est logé dans une  des baraques en bois édifiées sur un béton qui peut contenir 96 personnes....  Chaque baraque est divisée en 4. A sa tête: un chef choisi parmi les internés et approuvé par le chef de camp.

            La journée commence et se termine par l'appel: les internés sont rassemblés par baraque en colonne par trois dans la cour d'honneur, face au mât du pavillon qui repose sur un socle en ciment où sont peints et entourés de fleurs, les écussons des grandes villes de province. Après l'appel, un piquet de garde présente les armes et le garde à vous est sonné.

Hildeberg, militant communiste, détenu témoigne:

            " La nourriture n'est pas très abondante. On avait de l'eau chaude colorée, en principe 3 fois par jour. A midi et le soir on avait de la soupe, c'est à dire une louche de légumes à l'eau. Une fois par semaine on recevait de la viande."

            Les détenus ne pensent qu'à fuir et franchir  les barbelés qui les séparent du monde libre. Certains ont réussi leur évasion, Marc n'en fait pas partie.

            Cependant, tout change le 28 juillet 1944. Le chef du camp reçoit un télégramme de l'Intendant régional de police lui ordonnant le transfert de tous les prisonniers vers Toulouse. En réalité, ce sont les Allemands qui vident le camp.

            Léon Roffino de Faverges  qui sera embarqué pour Dora depuis Toulouse le 31 juillet en même temps que Marc (leurs noms figurent dans la liste du Transport parti de Toulouse le 31 juillet 1944 sur le site de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation et consultable par tous) se souvient:

                        "Un dimanche matin (30 juillet), quand nous nous réveillons pour l'appel, nous découvrons que le camp est entouré d'Allemands. Une mitrailleuse est postée sur le château d'eau, à environ 800 mètres. Les gendarmes nous rassemblent. Ils nous font descendre nos affaires personnelles et les S.S. nous accueillent à la porte du camp. En colonnes par quatre, ils nous conduisent à coups de crosse et à coups de gueule en direction de la gare. Un train de wagons à bestiaux, dont certains sont déjà pleins, nous attend. Sur le quai, le rythme change: les Allemands nous font monter à coups de crosse dans le dos. " Los, schnell, schnell!"

Nous sommes une centaine par wagons. Le train démarre rapidement..."

            Ils sont ainsi 69 hommes arrêtés en Haute - Savoie exclusivement arrêtés par les forces françaises du Maintien de l'ordre, dont Marc, Achille CARRIER et son fils Georges, à partir pour une destination inconnue.

 

            Le convoi de Saint Sulpice

 

            Le 30 juillet l'administration a donc vidé le camp sous la pression allemande. Ils sont 623 détenus à s'entasser dans les wagons. A Toulouse, les Allemands entassent avec eux les détenus d'autres casernes.

Léon Bugnard, de Vivier, se souvient:

            "Lorsque nous partîmes de Saint-Sulpice..... nous fumes entassés à 80 ou 100 par wagon, cesfameux wagons, où il était écrit "Hommes 40, chevaux en long 8". Le soleil sur nous était de plomb. Ce fut le départ aux enfers!  Cela dura 7 jours."

 

            Le trains'ébranle donc de Toulouse le 31 au soir en direction de Nîmes et de la vallée du Rhône. Il remonte en effet par Lyon et Chalon sur Saône vers l'Allemagne. Dans les wagons la vie devient vite insupportable. Léon Bugnard et Léon Roffino, compagnons d'infortune de Marc, racontent:

            "Dans un coin du wagon, il y avait une grande tinette où chacun éjectait sa fiente , son urine, ses crachats, ses vomissements quand il le pouvait! Car ce n'était pas toujours celui pris par le besoin de vomir ou autre qui pouvait , à travers ces cent corps si serrés qu'ils en étaient soudés, atteindre la tinette avant que son organisme se libérât. Alors ses déjections partaient sur les autres, ou à travers son pantalon, coulaient sur le plancher où elles étaient piétinées, engluant les vêtements de ceux qui, n'en pouvant plus tombaient pour se relever un instant plus tard, ou ne plus se relever du tout. Alors nous traînions leurs corps vers la tinette. Nous n'avions pas d'air autre que celui arrivant par les deux petites lucarnes du haut du wagon et les interstices des portes. Nos gorges brûlaient et, dans cette odeur écœurante qui nous prenait, nous nous sentions devenir fous." ( Léon Bugnard)

 

            Il est très difficile de s'asseoir. On le fait à tour de rôle dans les coins. Un bidon d'huile de 50 litres nous sert de tinette. Nous roulons  jour et nuit , avec de nombreux arrêts et changements de direction , dus probablement à des sabotages.... Trois jours après le départ , alerte aérienne sérieuse, le train est parqué entre deux wagons citernes et un train militaire qui transporte des canons et des munitions. Les bombes tombent drues. Nous ne sommes pas rassurés et transpirons beaucoup."

 

            Le train repart. Arrêt à la gare de Dijon, où la Croix -Rouge fait passer de la nourriture aux déportés. Le train repart. En rase campagne, arrêt impromptu. Des gars qui avaient tenté de s'évader sont fusillés devant les déportés descendus de leurs wagons à bestiaux. Les déportés remontent. Le train repart. Nouvel arrêt, les S.S. font descendre un déporté, qui chantait à tue-tête, le déshabillent et le mettent dans le wagon à charbon avec d'autres punis. Le train repart.

            Deux jours plus tard , le train s'arrête à nouveau. Il est à Weimar. les S.S. font détacher un wagon de femmes qui sera dirigé sur Ravensbrück et le convoi repart.

            Enfin le 6 août au soir, le train de Saint-Sulpice arrive à destination. Léon Roffino écrit:

          arrivée à buchenwald  " Le train s'arrête. Ce n'est plus un wagon mais une porcherie des plus écoeurante. Les portes s'ouvrent. Çà gueule de tous les côtés. Des chiens aboient. Nous sautons du wagon et tombons sous les coups de pied, les coups de crosse, les coups de schlague. Çà dure assez longtemps. On nous aligne quatre par quatre, au bout des voies. Au loin, une grande porte d'entrée. Nous sommes à moitié abrutis."

 

 Buchenwald


            Ils viennent d'entrée d'entrer dans le camp de Buchenwald. Poussés dans les blocks 51 et 52, ils sont immatriculés dans les 69000. Parmi eux se trouvent Léon Roffino, Léon Bugnard, Achille et Georges CARRIER, Marc ( Mémorial de la déportation, Michel Germain, p96) . Marc CHEVALIER aura le matricule 69066. A Buchenwald, les déportés ne sont pas tatoués comme à Auschwitz, mais " étiquetés ", et visiblement repérables par un triangle de couleur, cousu sur leur vêtement, qui indique leur nationalité et leur classification, selon les critères administratifs nazis.

Les triangles rouges sont pour les prisonniers politiques, les verts pour des criminels et prisonniers de droit commun, les jaunes pour les Juifs ; jaunes et rouges pour les opposants politiques juifs, les roses pour les homosexuels, les mauves pour les témoins de Jéhovah, les noirs pour les marginaux, délinquants, qualifiés "d'asociaux".

Léon ROFFINO raconte :

Un secrétaire prit notre identité. Puis, il fallut abandonner nos vêtements à des employés qui les placèrent dans des sacs.

Nous sommes obligés de partir en courant  en file indienne, le long d’un très couloir qui monte. On nous pousse à grands coups de pieds dans le derrière  pour arriver à la salle des tondeurs ou « ramasseurs de poils ».    Les coiffeurs s'occupèrent de notre système pileux. En cinq minutes, le crâne, le pubis et les aisselles étaient complétement rasés. Toujours en courant, il faut suivre de nouveau le grand vouloir qui monte à la douche. C’est une vaste pièce carrée, avec des grandes pommes d’arrosoir au plafond. Nous sommes par groupe de cinquante. Dans un angle face à la porte d’entrée, la célèbre baignoire remplie de désinfectant très acide. Il faut courir à cette baignoire, sauter dedans, tête comprise, y rester quelques secondes, sinon de chaque côté se trouve des KZ, de vraies brutes qui tiennent le gars plongé sous l’eau souvent jusqu’à suffocation. Ensuite, ils le balancent sur le carrelage. S’il se relève c’est la douche comme tout le monde. Douche collective avec de l’eau bouillante, puis froide.

AVANT de quitter les lieux, et toujours pour des raisons d'hygiène on nous passa un coup de pinceau entre les cuisses. Comme le pinceau était trempé dans du formol ou du «  grésil », la réaction, sur la peau fraîchement rasée, était cuisante...

On nous distribua ensuite des vêtements. Les déportés sont habillés de rayé et du triangle rouge frappé du F. ils reçoivent des claquettes en bois, une gamelle, une cuiller, une couverture avant d’être dirigés vers des baraquements. Là entassés à six par châlit de deux, sur de la poussière de paille, remplie de vermine ils vont apprendre à survivre.

Marc CHEVALIER, grand gaillard,   est affecté aux mines de sel. Jean MACHENAUD parle des mines de sel dans lesquelles était aussi Marc :

            « il y avait dans mon groupe Claudius LAMOUILLE, qui mourut quelques mois après notre arrivée, un ancien adjudant du 27, et puis d'autres dont le nom m’échappe.

            On travaillait à  environ six cents mètres sous terre, à l’extraction du sel. Les étages supérieurs étaient occupés par des ouvriers allemands, des prisonniers de guerre et des S.T0. En effet, l’usine de Brunschweig avait été bombardée et c’est l’usine Hermann-Goering qui avait été réinstallée là.

            En principe le personnel des usines et les « rayés », c’est-à-dire nous, n’avaient aucun contact. Un jour cependant, deux gars de chez nous se rencontrèrent dans un atelier pour prendre un outil. L’un deux rencontra deux prisonniers de guerre employés au titre de travailleurs, dont l’un était du même village que lui. Surprise bien sûr  et étonnement des prisonniers de le voir en costume « rayé », ce qui représentait pour eux des prisonniers de droit commun. Explication sur ce qui se passait en France, la collaboration, l’occupation mais aussi la Résistance.

            Le lendemain, lorsque les prisonniers de guerre croisèrent des « rayés », des morceaux de pain ou autres victuailles leurs furent passées. Solidarité, car pour eux c’était une dure privation. Cet appoint matériel nous fut précieux et quel réconfort moral cela nous apporta. »

 

Victor ODEN témoigne lui aussi d'une journée dans les mines de sel

Réveil matinal à 3h.30 -corvées diverses - appel pour le départ " au tunnel ". Encadrés par les S.S. et leurs chiens, tel un troupeau de vaches, les déportés se rendaient à l'usine souterraine " Hermann Goering " située à 3 km du camp. Nous avions appris à dormir en marchant.

 

Cette usine commençait la fabrication de bombes volantes (V 2), mais la majorité des déportés étaient affectés au creusement des galeries.

 

buchenwald l'appel- Appel en arrivant sur les lieux de travail.

- Mise au travail effectuée comme il se doit sous les coups de crosse de " gummi " et autres.

- Pas de pause le midi (sauf dans le dernier mois de notre captivité).

- Arrêt du travail vers 19 heures.

- Appel avant le retour au camp.

 

C'est là que les difficultés commençaient. Si 3.500 hommes étaient partis au travail, il fallait, bien entendu, qu'ils rentrent au camp. La moyenne journalière des rentrées était d'environ 3.350 " valides " comme pouvaient l'être les concentrationnaires, et 150 morts que nous devions chercher partout dans les galeries (morts d'épuisement, assassinés par les S.S., écrasés par les wagonnets circulant en tous sens, etc ... ).

 

Quand l'effectif était au complet, après un 2ème ou 3ème appel, nous rentrions au camp traînant les cadavres dans les chariots. Il pouvait être 21 heures. Nouvel appel dès l'arrivée. Corvée des morts dans les fosses communes situées en dehors du camp.

Après ce service funèbre, nouvel appel et enfin nous rentrions au block pour y avaler un litre de lavasse servi depuis le midi et 100 ou 150 grammes de pain.

Pour clôturer la journée, une corvée quelconque : nettoyage du block, revue " mémorable " de poux... et nous prenions un repos bien gagné. Il était 11h30 ou minuit, la notion du temps était quelque chose de totalement inconnu après quelques semaines.


LA NOURRITURE DES DEPORTES A BUCHENWALD


La faim est permanente à Buchenwald et dans ses kommandos, mais la situation devient catastrophique fin 1944 -1945.

La ration quotidienne d'un déporté pour douze heures de travail forcé est de 1 litre de soupe, 200 g de pain, parfois une tranche de saucisson, une petite cuillère de margarine, un ersatz de café (eau chaude appelée café), parfois un minuscule supplément. Dans la soupe nagent quelques morceaux de pommes de terre, de navets ou de rutabagas souvent à moitié pourris.

La viande, quand il y en a, provient fréquemment de bêtes malades, et est souvent dans un tel état de décomposition avant d'arriver dans la gamelle des déportés, qu'elle n'est surtout pas donnée aux animaux.

Les 150 chiens des SS de Buchenwald reçoivent d'ailleurs un régime très préférentiel.


Libération de Buchenwald et plus particulièrement le Kommando dont dépendait Marc CHEVALIER


Fin mars 1945, Buchenwald compte 90 000 détenus à la suite des divers arrivages des camps polonais. Lorsque les troupes du 9ème bataillon de l’infanterie de l’armée américaine entrent dans le camp le 11 avril 1945 et ne trouvent que 25 000 déportés squelettique, Marc ne pesait plus que 40kgs. Les 65 000 absents sont morts, soit partis dans des transports meurtriers. Voilà ce que nous rapporte Léon ROFFINO à propos de cette libération :

« En contre-bas du camp se trouve la route de Walbeck, le village voisin. Depuis quelques jours, cette route a  un trafic important de jour comme de nuit. Les SS creusent des trous d’hommes autour du camp. Ils postent des soldats avec FM. Cette tension dure plusieurs jours. Un matin un commandant de la Wehrmacht est à l’appel il se présente comme le nouveau commandant du camp il s’appelle Otto MULHER les S.S. sont partis défendre Berlin. L’eau nous est distribuée maintenant deux ou trois fois par semaine.

La soupe est meilleure ; la ration de pain normale. Le travail est toujours le même, mais nous ne sommes plus soumis aux brutalités habituelles. Les appels sont moins longs. Pour nous çà sent bon…. ! »

Le camp est déserté par les gardiens dans la nuit du 10 au 11 avril 1945 

« Nous commençons à entendre des canonnades dans le lointain. Un matin pas de réveil. Nous sommes le 10 ou le 11 avril 1945. Des camarades s’aventurent dehors. Il n’y a plus de gardiens aux miradors, ni autour du camp. Personne ne peut y croire. Nous ne savons pas ce qui se passe car depuis notre transfert nous n’avons eu absolument aucune nouvelle des événements qui se déroulaient à l’extérieur.

Nous récupérons les armes laissées à l’entrée du camp, sous le mirador, et aussitôt les plus valides, nous nous organisons sous les ordres de Jean, un capitaine belge. Nous sommes une quarantaine de Français, des Belges et quelques autres. Nous décidons de nous installer dans les baraquements qu’occupaient les S.S et où se trouvent encore pas mal de nourriture et de matériel (en particulier des couvertures et du linge). Nous organisons notre défense. Nous accrochons un drapeau français au mirador. »

Et puis les Américains arrivent. Ils foncent vers Berlin. Les déportés attendent leur libération définitive non sans s’organiser vigoureusement et se ravitailler à plusieurs reprises dans les villes et villages environnantes. Avec l’arrivée des Américains, ils sont sauvés. Marc ne rentrera pas tout de suite à Arbusigny mais passera un mois dans un hôpital parisien. Il rentre à Arbusigny le 31 mai 1945. Jamais il ne parlera vraiment de ce cauchemar, un simple détail de l’histoire pour Jean- Marie Le Pen et c’est à ce genre de personnage et à son parti que certains Français veulent confier la France ?

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