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Fillon n’a pas été bon sur la Sécurité Sociale, il l’a reconnu, mais il n’y a pas que là où il n’est pas bon. Il nous parle de l’apprentissage à remettre en valeur. C’est très bien, c’est un sujet qui touche particulièrement la Nabote puisqu’elle a enseigné 35 ans dans la filière professionnelle dont 15 ans en CFA. Autant dire que les apprentis, elle connaît bien. Visiblement ceux qui ont élaboré le programme de Fillon sur ce sujet, n’ont pas dû croiser beaucoup d’apprentis hormis dans les visites officielles (une belle photo de Fillon en compagnie d’un apprenti sur tweeter a fait sourire la Nabote) et ont découvert le truc pour l’élaboration du programme.

Il ne faut pas beaucoup à ce qui est déjà en place à l’apprentissage pour que   tout fonctionne bien. Une autre vision et le rendre attractif aussi bien pour les jeunes que pour les maîtres d’apprentissage.

Mettre la filière professionnelle sous la tutelle des régions est une pure stupidité. Ainsi l’État, se libère d’une épine dans le pied mais ne résout rien. Le problème est de revaloriser la filière, c’est-à-dire de ne pas la présenter comme un échec scolaire ce qui est le cas depuis des décennies, mais comme une voie aussi noble que n’importe laquelle. Notre société a besoin, du boulanger, du boucher, du plombier, de l’électricien etc. cela ne s’apprend pas à la Fac. Mais une fois installés ces gens gagnent bien leur vie.  Le problème de l’apprentissage, ce sont les maîtres d’apprentissage ,l’état d’esprit des apprentis et….. de leurs parents.

En effet prendre un apprenti, ce n’est pas pour lui faire faire les tâches les plus ingrates de manières répétitives même si celles-ci sont nécessaires et le considérer comme un employé à bas coût, l’objectif est de lui apprendre le métier. Cela, bien des maîtres d’apprentissage l’oublient ce qui finit par rebuter les jeunes, motivés au départ.

Apprendre un métier, il faut c’est une évidence une émergence dans l’entreprise, c’est le meilleur moyen d’apprendre directement. Cela se fait depuis toujours à raison de 3semaines en entreprise et 1semaine en établissement scolaire, ou 15/15 jours. En effet le maître de stage n’est pas habilité pour préparer l’apprenti à la partie « technologie » et d’ailleurs il s’y refuserait : il n’a pas que cela à faire et cela se comprend aisément, pas habilité pour préparer l’apprenti dans les matières d’enseignement général pour l’examen qui est national. Mettre les LEP sous tutelle directe de la région qui certes participe aussi à leur financement ne doit pas oublier que l’examen doit avoir valeur nationale et non pas régionale. « Tu as passé ton examen dans la région ?,Non ! Ah ben non, on ne te prend pas on préfère quelqu’un qui a passé l’examen ici » Il faut ne pas avoir côtoyé ce milieu de l’artisanat formateur, pour ne pas envisager cela.

Ce qui arrête un artisan à prendre un apprenti, c’est que pour lui c’est une perte de temps pour son entreprise avec des charges et obligations lourdes. Pendant qu’il explique le métier, l’entreprise n’avance pas car il est souvent seul, voire 2 ou 3 employés mais guère plus. De plus les contraintes sont énormes et parfois stupides. Par exemple un apprenti, trop jeune selon la loi, n’a pas le droit pour des raisons de « sécurité »de travailler sur les machines. Super, par exemple pour qui veut apprendre le métier de menuisier. On fait comment ??? Un patron ne va pas confier une machine dangereuse qui coûte cher à un apprenti novice, ça coule sous le sens !! C’est une perle de la bienpensance intello dotée de deux mains gauches et de notre société archi cocolée ayant peur de la peur qui fait peur.

À cela, il faut rajouter, l’apprenti qui se comporte en entreprise comme il se comporte à l’école où on ne lui dit rien, à savoir : arriver en retard,  répondre au patron. Il est très étonné qu’en entreprise ceci ne passe pas du tout. Quant aux parents, il leur faut des horaires à leur convenance le plus souvent sur le rythme scolaire auquel ils sont habitués. L’entreprise ne fonctionne pas comme le lycée pro, c’est une évidence, certains ne le réalisent pas.

Aujourd’hui la difficulté est de trouver le bon apprenti motivé et travailleur et le bon maître d’apprentissage prêt à donner de son temps pour apprendre son métier à un jeune. Pour cela, il faut donner envie aux artisans, à prendre un apprenti, car ce sont eux dont il s’agit. Le temps passé à s’occuper de l’apprenti dans l’entreprise doit trouver une compensation pour l’employeur, sinon ce sera statut quo pour un moment. La progression de l’apprentissage en entreprise doit correspondre à la progression à l’école, cela est déjà mis en place depuis longtemps.

Il est surtout important qu’au moment des orientations scolaires, on ne considère plus la filière professionnelle comme un échec scolaire, mais comme une voie aussi noble que la filière générale qui conduit souvent les jeunes dans une impasse.

Laurent Wauquiez a soulevé la question du préapprentissage. Cela rappelle des souvenirs à la Nabote. Quand un jeune ne se supporte plus sur les bancs de l’école car il n’y trouve aucun intérêt (c’est son droit) le préapprentissage est une excellente solution.

Lors des examens, la Nabote s’est souvent retrouvée avec des collègues issus de l’enseignement général ayant eu ses élèves.

  • Mon Dieu, tu as untel, qu’estce qu’il est infecte et turbulent ce gamin!
  • Ah bon ? avec moi il n’est pas du tout comme ça!
  • Alors il faudra que tu me dises comment tu t’y prends (souvent çà comme réponse)
  • Certainement pas mieux que toi, mais ce qu’il fait lui plaît beaucoup et ça change tout.

En effet, il faut laisser le droit à nos enfants de ne pas devenir des bacheliers souvent sans issue, mais parce que ça fait bien, pour choisir après le brevet des collèges un métier manuel certes souvent difficile mais dans lequel il va s’éclater et gagnera sa vie aussi bien qu’un rond de cuir.

35 ans partagés avec ces jeunes peu portés au départ vers les matières qu'elle enseignait mais qui ont apporté beaucoup de bonheur à la Nabote.

La Nabote

Tag(s) : #L'actualité au jour le jour